nouveau consommateur

Le magazine de la consommation éthique et responsable

dimanche 30 août 2009

Allain Bougrain-Dubourg

Allain Bougrain-Dubourg, naturaliste :

"Je plaide pour une vraie reconnaissance des autres êtres vivants"

bougrain_dubourgAllain Bougrain-Dubourg est l’un des écologistes les plus actifs et inventifs. Depuis plus de 30 ans, il a parcouru tous les continents pour mieux connaître les animaux, rencontré des chercheurs et des protecteurs d’espèces en danger et cohabité avec des populations qui vivent en harmonie avec la nature (Massaïs, Inuits...). Son dernier ouvrage, Curieux de nature, 30 ans de passion pour la planète (Editions Flammarion), retrace toutes les expériences qui composent ce carnet de vie illustré des photographies de l'auteur. Rencontre ave un curieux et un passionné…  Par Ezzedine El Mestiri ( Nouveau Consommateur N° 22 Novembre- Décembre 2007)

Votre prise de conscience écologique a commencé très tôt. Comment est venu ce déclic ?

Comme beaucoup d’enfants, j’ai été émerveillé par le « vivant non humain ». Mes parents ont, du reste, entouré leurs enfants d’animaux divers. Le Muséum d’histoire naturelle de la Rochelle a fait le reste. Situé près du lycée, il m’a permis de vagabonder, de rêver et d’apprendre. Généreux, les scientifiques du Muséum ont accepté de m’initier alors que j’avais une dizaine d’années. C’est ainsi que j’ai appris le monde passionnant des reptiles, l’art du baguage, etc. À 15 ans, je ne me voyais pas d’autre avenir que de vivre « par et pour les animaux ». Les hasards de la vie m’ont permis de faire de ma passion un métier. C’est un privilège dont je me réjouis quotidiennement.

Un de vos combats est de donner une place digne à l’animal dans notre société. Comment jugez-vous le chemin parcouru dans ce domaine ?

On note des avancées, mais globalement nous en sommes restés à l’animal-machine de Descartes. En droit, même si l’on reconnaît à l’animal le statut d’être sensible, il demeure placé au niveau de l’objet. Historiquement, l’homme s’est employé à creuser le fossé qui le sépare de l’animal, probablement pour garder son privilège d’« être supérieur ». Il est temps de se rendre à l’évidence : nos voisins de planète méritent une compassion qui va bien au-delà du caractère affectif ou utilitaire qu’on leur accorde. Une véritable réflexion sur les droits de l’animal rehausserait la morale des bipèdes que nous sommes. Je ne demande pas que l’on tombe amoureux du zooplancton, mais je plaide pour une vraie reconnaissance des autres êtres vivants. C’est un chantier passionnant et indispensable tant il est vrai que nous ne pouvons nous passer d’eux.

D’après vous, c’est la survie de notre espèce qui est en jeu. Quels sont les dangers qui nous guettent ? 

Imaginez un printemps silencieux, sans que les bruits du vivant ne s’expriment. Certes, ce serait psychologiquement accablant pour l’homme, mais cela le serait davantage sur le plan pragmatique. L’essentiel du butinage des abeilles, par exemple, ne vise pas seulement à nous fournir du miel, il permet avant tout de favoriser l’épanouissement du végétal dont nous ne saurions nous passer. On me demande souvent à quoi sert telle ou telle espèce. Outre qu’il faut à chaque fois démontrer que toutes les espèces s’inscrivent dans un mécanisme complexe permettant au vivant (et donc à nous-mêmes) d’exister, je suis souvent tenté de répondre « à quoi sert la Joconde ? » 

Aujourd’hui, quel est pour vous le problème écologique le plus grave ? 

Il n’y a pas de hiérarchie dans les priorités. Nous sommes parvenus à une situation qui impose un changement global de mode de vie. Si la lutte contre le réchauffement climatique s’inscrit dans les premières mesures à engager pour inverser la tendance, il serait absurde de sous-estimer, dans le même temps, l’attention que nous devons porter à la biodiversité. L ’empreinte écologique (qui apprécie l’impact de l’homme sur la planète) montre combien nous avons largement dépassé le temps de la réflexion. Singulièrement , pour les pays riches qui pillent sans compter le bien collectif. Si chaque citoyen de la terre voulait vivre comme un nanti de l’Occident, il faudrait deux planètes supplémentaires. 

En tant que consommateur responsable, vous-même, avez-vous modifié votre mode de vie ?

Oui, et si ce n’est pas toujours facile, j’y ai été fortement aidé par mes voyages dans les pays que l’on qualifie avec impudeur « en voie de développement ». Lorsque vous voyez un homme mourir de soif devant vous, le robinet parisien ne coulera plus de la même manière. Les économies d’énergie s’inscrivent aussi dans le quotidien, de même que l’usage de la voiture, etc   … Cela dit, je me range encore dans la catégorie de ceux qui sont notés : « peut mieux faire ! »

Quel est votre sentiment aujourd’hui sur la société de consommation et, selon vous, peut-on espérer un consommateur responsable qui pourra demain avoir une autre attitude ?

Le consommateur est aujourd’hui l’acteur essentiel. On l’a longtemps pris pour une vache à lait tout juste bonne à se soumettre aux lois du marché et du profit. Le message véhiculé par les associations de consommateurs ou les médias comme Nouveau Consommateur a renversé la tendance. Désormais, le consommateur peut imposer ses choix et le législateur (trop frileux) doit compter avec cette sensibilité influente. L’exemple de l’agriculture bio est, à ce titre, éclairant. Pendant longtemps, on a laissé croire que l’opinion publique ne suivrait pas ces produits de qualité, mais trop chers. On voit aujourd’hui que si la qualité a un prix, elle n’en reste pas moins attractive. Et plus les consommateurs seront prêts à mettre la main au portefeuille, plus la facture se réduira. Je garde en mémoire les premiers pots catalytiques, dont les constructeurs automobiles nous disaient qu’en les imposant, c’était la porte ouverte au chômage. Aujourd’hui, le génie écologique, la technologie verte, non seulement crée des emplois, mais répond à une demande sans cesse plus présente. Les Japonais, qui ne sont pas particulièrement philanthropes, ont compris le fantastique potentiel qui se dessine par la volonté du consommateur.

Qu’est-ce qui vous motive pour agir ?

L’espoir et la révolte. L’espoir de voir changer les mentalités, donc les comportements (je tente, à ce titre, d’être un « utopiste raisonné » !). Et la révolte qui conduit à ne pas rester indifférent devant les dégradations les plus inacceptables. Lorsque la loi est publiquement bafouée avec récidive, par exemple, je ne peux rester spectateur. C’est la raison pour laquelle la LPO s’est engagée sans compter pour la sauvegarde des tourterelles ou des ortolans braconnés dans l’indifférence générale. Par bonheur, nos combats finissent par payer. D’une autre manière, l’espoir nous donne une énergie considérable lorsque nous parvenons à réhabiliter des espèces en déclin, comme les vautours ou les outardes canepetières. Je ne vous cache pas que notre détermination s’accompagne inévitablement de moments de doute ou de lassitude, mais il y a toujours un petit témoignage de solidarité pour nous redynamiser…

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux enfants ?

Le respect du vivant. Tout le reste suivra automatiquement !

Vous présidez la Ligue pour la protection des oiseaux. Quel est le principal message de la LPO et comment comptez-vous mener les combats à venir ?

Avouons-le, la France n’a pas la culture d’adhésion aux associations de protection de la nature, contrairement aux pays anglo-saxons. Or, si la LPO compte plus de 40 000 adhérents et 250 salariés (avec ses délégations), elle ne peut être efficace, singulièrement à l’égard des politiques, que si elle est largement représentée. J’en appelle donc à l’adhésion à notre association afin que cette dernière devienne davantage représentative. Ce geste de solidarité compte plus qu’il n’y paraît puisqu’il permet non seulement de peser dans le débat, mais aussi de conduire des actions comme la sauvegarde des espèces et des milieux sensibles, le sauvetage des oiseaux dans les Centres de soins, l’éducation à l’environnement, etc. C’est tout le sens de mon ouvrage, Curieux de nature (Editions Flammarion). A travers plus de 400 photos prises en Australie, en Chine, dans le désert saoudien, en Amérique du Sud ou ailleurs, j’ai voulu illustrer les relations qui unissent l’homme à l’animal. Parfois exemplaire, parfois pathétiques, ces relations liées aux cultures ou aux habitudes prouvent, en tous cas, que nous ne pouvons pas nous passer de nos voisins de planète, les animaux.

NON A L’ALLIANCE CONTRE NATURE ( 24 août 2009)

"Cet été, CPNT est sorti du bois, tandis que l’UMP affichait sa compassion. Las de « prendre des claques », Frédéric Nihous a, en effet, cherché refuge auprès de  Xavier Bertrand pour dessiner un avenir plus serein à son mouvement d’extrême chasse qui n’en finit pas d’agoniser. S’il n’appartient pas aux ONG apolitiques d’entrer dans la stratégie politicienne, les associations ne peuvent rester indifférentes aux manœuvres qui sont contraires aux valeurs environnementales élémentaires. Pourquoi ? Parce que cette connivence CPNT/UMP serait, d’une part un mépris flagrant à l’égard des acteurs qui se sont investis dans le Grenelle de l’Environnement et de la Mer à la demande du gouvernement et, d’autre part, une décrédibilisation des engagements de ce dernier malgré l’urgence reconnue des mesures à prendre. Adepte de la contestation systématique de toutes les majorités au pouvoir, CPNT ne voit l’avenir qu’au bout du canon.

La manifestation de chasseurs à Valenciennes (marquée par de violentes échauffourées avec les forces de police et des dégâts importants à la charge du contribuable) est, à ce titre, exemplaire. De même, quelques morceaux choisis parmi les déclarations de ce mouvement en donnent la mesure : Propos du représentant CPNT de Charente Maritime en commentaire des dates d’ouverture de la chasse au gibier d’eau adoptées par le ministère de l’Ecologie : « C’est une honte. Pauvre France !!! Voilà mon sentiment sur ce torchon, ce ramassis d’incohérences que certains osent encore appeler arrêté ministériel. ». En réalité, ces dates sont les mêmes que celles de l’année passée et correspondent à l’accord signé entre chasseurs, associations environnementales et ministère de l’Ecologie dans le cadre de  la Table Ronde Chasse en juillet 2008. Sur la taxe carbone : Si CPNT comprend qu’il convient de lutter contre le dérèglement climatique, le mouvement qui se dit de la ruralité dénonce la préconisation générale de la taxe carbone telle qu’envisagée par M. Rocard et œuvre pour obtenir une dérogation générale pour les ruraux ! Sur la pêche et les ressources halieutiques : Selon F. Nihous : « La commission de Bruxelles est en train de tuer la pêche artisanale française alors même que nos ressources en poissons sont abondantes. » !!! Faisant fi des alertes émises sur le déclin des ressources, par les organismes de recherches internationaux et, en premier lieu, Ifremer. Ces déclarations montrent que cette alliance se fera sur la base de discussions très éloignées de la politique gouvernementale engagée depuis deux ans, notamment dans le domaine du développement durable et de la sauvegarde de  la biodiversité. En bref, cette alliance sera contraire au sens de l’histoire.  CPNT se sert de la ruralité comme levier pour prêcher l’exception fiscale en faveur de certaines « niches » agricoles, piscicoles, cynégétiques, etc … à travers une idéologie antiécologiste et antieuropéenne. Le gouvernement a déjà « offert » un secrétariat d’Etat à la ruralité dans le remaniement gouvernemental de juin dernier, à la suite de la mission confiée par Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, à Frédéric Nihous. On peut imaginer que la négociation qui aura lieu entre Xavier Bertrand et Frédéric Nihous se fera à la faveur d’un partenariat entre UMP et CPNT « sur la base d’un accord programmatique gagnant gagnant… On veut [|selon le leader de CPNT] le règlement d’un certain nombre de dossiers auxquels on tient comme celui des dates d’ouverture de la chasse au gibier d’eau, celui de la sylviculture dans le Sud ouest ou encore la diversité agricole... Si ça marche, on intègrera le comité de liaison de la majorité présidentielle.».

Autant dire que la Table ronde de la chasse, mise en place par JeanLouis Borloo, n’a plus lieu d’être. Par ailleurs, il est à craindre que la politique française sur l’agriculture, la forêt et la pêche tienne peu compte des ressources naturelles et conduise à des voies sans issue écologiques. Dans de telles circonstances, les raisons politiques de court terme à l’aube d’élections régionales qui visent à élargir la majorité de droite sont elles judicieuses ? Le Président de la République et le gouvernement se sont engagés, depuis 2 ans, dans le défi de l’écologie par l’action et le pragmatisme en associant largement tous les acteurs de la société (méthode Grenelle) sans y mêler l’idéologie. L’empreinte de CPNT, qui bafoue le droit, ne reconnaît pas les Directives Européennes, méprise le déclin dramatique de la biodiversité, etc … n’est pas compatible avec l’engagement écocitoyen qui se fait jour aujourd’hui. " (Yann Arthus Bertrand – Président de Good Planet,  Allain Bougrain Dubourg – Président de la LPO, Sébastien Genest – Président de FNE François Letourneux Président du Comité UICN  Serge Orru – Directeur Général de WWF France, Hubert Reeves – Président de  la Ligue ROC ) 

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jeudi 27 août 2009

NC 30

NOUVEAU CONSOMMATEUR  NC 30 Juillet - Août 2009

Couv__NC30__Jpeg_Chic
• Eté Ethic : nos essentiels pour les meilleurs moments
• Beauté : Belle vacancière
Gourmand
• Emballages : ouvrons l’œil
• Des vérités sur le lait
• Pique-niquer écolo
• Les barbecues se mettent au vert

Utile
• Mon ordinateur vert
• Le top du troc
• Toile : l’écolo surfer
Anti-crise
• 57% des Français pour un placement solidaire
• Les différents types de crédit responsable
• Entrepreneurs d'avenir : Energie anti-crise
• Positivement green : Lutter contre les marées noires
• Mettez-vous au vert … en voyant la vie en rose
Voyageur
• Reportage : la femme est l’avenir du Niger
• Les enfants Sàmis
• Vacances : suivez l’éco-guide !
Humain
• Education : réussir tous ensemble plutôt que gagner
• Jacques Maire, fondateur des Editions Jouvence :
«  Le livre permet le recul, l’analyse et la pensée complexe »
• Robert Lion, président de Greenpeace France :
«
Les modèles de consommation ne changent que sous la pression
du citoyen-consommateur »
• Eric Julien, géographe :
« Si l’on perd notre mémoire, notre corps social perdra sa forme »
Cahier Spécial
·       Comment préparer mon éco rentrée
La rentrée scolaire approche et déjà, il faut penser aux
fournitures scolaires. Vous êtes déterminés à trouver
ce qu'il y a de mieux pour vos enfants. Cette année,
votre rentrée se fera sous le signe de l’écologie.
Petit guide pour une rentrée responsable.
Edito : extrait
Créer du beau et de la valeur !
« … C'est la bonne nouvelle de ces temps de crise : quelque chose semble mourir, le système consumériste qui a réduit notre désir et notre création en pulsions d'achat ! Mais quelque chose d'autre est en train de naître : la bienveillance, le respect, la valeur des liens, des réseaux d'échanges de savoirs, d’amateurs passionnés et de nouveaux consommateurs...» 

Logo_NC  www.nouveauconsommateur.com
Premier magazine consumériste responsable,  fondé en 2003 par le journaliste Ezzedine El Mestiri. Le Nouveau Consommateur s’adresse à un lectorat qui  prend connaissance du changement de nos modes de vie tous les deux mois.  Ce sont des partenariats rédactionnels avec la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme,  la CLCV, BioConsom’Acteurs et Agronomes & Vétérinaires Sans Frontières. Bimestriel - parution en février, avril, juillet, septembre, novembre. Vente en kiosque et sur abonnement. Prix : 5.40 €
 

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lundi 24 août 2009

Le crayon trieur !

Le crayon trieur !

crayon_trieurCrayonLUDIQUE et ÉDUCATIF, ce support pédagogique  est conçu pour apprendre aux enfants à :

- reconnaître et séparer les déchets,

- comprendre l'importance environnementale du geste,

- acquérir un comportement éco citoyen.

Chacune des 3 facettes colorées s'ouvre sur un bac de tri sélectif.  La partie supérieure du crayon est une zone de communication permettant aux enfants de s'exprimer sur le tri et l'environnement et aux adultes de donner des informations (au moyen de dessins, feuilles magnétiques, autocollants,...).

http://www.tritetruc.com/Crayon-trieur.htm

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samedi 22 août 2009

Devenez Colibri !

Devenez Colibri !

Pierre Rhabi, président de « Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme » et de Cyril Dion, directeur de Colibris  :  « L’humain dépend de la vie et la vie c’est l’écologie » 

Pierre_RhabiL’avenir se construit aujourd’hui et pour le rendre meilleur, le Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, soutenu par Nicolas Hulot, propose de nous guider. Parce que « l'espérance est dans l'improbable » ( Edgar Morin), le mouvement souhaite faire changer les consciences et les fédérer pour agir de concert. C’est une invitation à chacun pour amorcer sa propre révolution intérieure.

Par Marion Grizbec  ( Nouveau Consommateur N° 29 Février- Mars 2009)

NC : Pouvez-vous expliquer le nom de Colibris associé au Mouvement pour la Terre et l’Humanisme ?

Pierre Rhabi : Cela vient d’une légende amérindienne  : un jour il y a eu un grand incendie de forêt, tous les animaux étaient catastrophés et impuissants mis à part le colibri. L’oiseau apportait des gouttes d’eau sur le feu. Le tatou énervé lui a alors dit que c’était complètement inutile. Le colibri lui a répondu : « Je le sais mais je fais ma part ». Et c’est un peu ce que nous faisons aujourd’hui.

Faire sa part, c’est donc ce que vous proposez ?

P.R : Oui, il faut faire prendre conscience aux gens qu’ils ne sont pas impuissants et qu’ils peuvent faire quelque chose, si petit soit-il, en participant à une dynamique constructive.

Pensez-vous que l’écologie et l’humanisme soient des notions indissociables ?

P. R : Oui parce que l’humain dépend de la vie et la vie c’est l’écologie. Nous dépendons tous du monde vivant et si on le détruit, on anéantit notre avenir. Nous vivons sur 25 à 30 cm de terre et sans ces quelques centimètres, c’est la fin de notre propre survie.

Votre mouvement propose des pistes, pourriez-vous donner des exemples pratiques de choses à faire au quotidien, à l’image du colibri ?

Cyril Dion : « Pour les habitants des pays développés, achetez bio et local car on ne se rend pas compte de l’impact que cela peut avoir de façon systémique. Cela agit à la fois sur les problèmes liés à la biodiversité, à notre santé, aux sols, à l’eau, à la désertification, au réchauffement climatique et à la répartition équitable des richesses.

Pour les habitants des pays en voie de développement, je leur conseille de garder leur agriculture respectueuse de l’environnement, leur capacité de se nourrir. Il ne faut pas gâcher leurs agricultures vivrières, en cédant aux sirènes de la modernité que nous sommes en train de payer aujourd’hui. Ce qui est basé sur la solidarité et le respect de l’environnement est le seul système durable parce qu’il est vertueux. »

Vous croyez vraiment que l’on peut changer de paradigme, passer à un autre système ?

C.D : Si l’on n’y croyait pas, on ne serait pas ici ! je pense que la vie évolue et malgré les grandes difficultés que nous traversons actuellement, on est en train de faire un saut. Quand je vois tout ce qui se passe tous les jours, tous les gens autour de nous, toute l’énergie qui est investie, toute la conscience qui est en train de se développer sur la planète, je ne peux pas croire que l’on n’aura pas l’énergie de transformer les choses.

Quels sont les éléments déterminants responsables du « tsunami alimentaire » en cours et à venir ?

Pierre Rhabi : Depuis 10 ans, j’ai repéré un certain nombre de paramètres. Le premier c’est la détérioration des sols : soit l’érosion soit les pratiques chimiques et mécaniques trop violentes. Il y a aussi la pollution des eaux et des nappes phréatiques qui alimentent sans cesse la terre. Egalement , la perte de la biodiversité notamment alimentaire qui a été accumulée depuis 12 000 ans par l’humanité et que l’on détruit actuellement à vue d’œil. Il y a aussi l’industrialisation de l’agriculture qui a détruit beaucoup de paysans au profit de l’exploitation agricole. Enfin, il y a la concentration urbaine considérable qui représente autant de populations à nourrir et la surconsommation.

A ces paramètres négatifs s’ajoutent maintenant la mode de l’agrocarburant, les OGM (une imposture brevetée qui prétend anéantir la faim dans le tiers monde), la disparition progressive des abeilles (elles participent à 30 % de l’alimentation humaine par la pollinisation) et l’incertitude quant à l’évolution des climats. Il y a de plus en plus de sécheresses, d’inondations, de températures déréglées qui modifient les différents biotopes.

Tous ces éléments constituent une conjonction très dangereuse pour l’alimentation humaine et qui risque d’aboutir à une pénurie mondiale sans précédent. Personne n’est à l’abri car l’agriculture intensive détruit tout en produisant : elle contient ses propres limites et nous sommes en train de les atteindre. C’est pour cela qu’il faut aller vers une agriculture qui ne détruit pas et qui produit sainement des quantités satisfaisantes. La quantité sans qualité fait qu’actuellement la nourriture véhicule des nuisances qui ont des effets néfastes sur la santé et l’environnement. »

Etes-vous plutôt pessimiste ou optimiste à propos de cette la double interrogation : « quelle planète laisserons-nous à nos enfants » d’une part et « quels enfants laisserons-nous à la planète » d’autre part ?

P.R : Je ne suis ni pessimiste ni optimiste. Je me dis qu’il y a des réalités, des causes et des conséquences et que si nous transgressons trop souvent l’ordre de la nature, c’est notre propre survie que nous mettons en péril. La question est de savoir si nous sommes en mesure de comprendre cela et d’arrêter de transgresser parce que nous sommes viscéralement dépendants de la nature. Je me dis que si nous continuons à transgresser, nous aboutirons à une phase négative générale. Mais par contre il peut y avoir un sursaut de conscience et c’est ce à quoi nous travaillons. Les semences du changement positif sont dans le monde, ils existent déjà et j’investis mon énergie pour participer à cette dynamique sans avoir de certitude quant au résultat. Cela nécessite de n’être ni pessimiste ni optimiste mais de combattre au quotidien. De par mon libre arbitre et ma conscience, je fais un choix qui me satisfait déjà et je garde la sérénité et l’espoir tout en agissant."

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce que vous pensez être la vocation première de l’être humain ?

P.R : « Je pense que nous sommes sur une planète magnifique qui peut nous offrir quotidiennement un bonheur d’être mais malheureusement la gestion qu’on en fait la transforme en un enfer. Une fois qu’il peut assurer sa survie – ce qui devient de plus en plus difficile à cause de notre système autodestructeur –, l’homme a besoin de tous les éléments immatériels qui lui permettent de s’épanouir : l’art, l’expression, la spiritualité, etc. Ces éléments structurent l’intériorité de l’Homme et lui procurent une joie essentielle. Mais je pense que le matérialisme et le déficit d’admiration que nous pourrions avoir à l’égard de la vie empêche l’Homme de se sentir nourri par la beauté de la vie. Je ne crois pas que le monde puisse changer si on exclut la beauté, or on voit s’installer la laideur partout dans nos environnements, dans nos architectures, etc. Tout ceci va à l’encontre de l’épanouissement humain car notre vocation c’est d’admirer notre environnement et d’aimer. »

Vous prônez la « sobriété heureuse » comme éthique quotidienne, comment en faire un art de vivre ?

P.R : « Actuellement nous sommes dans l’abondance et malheureux. Selon les statistiques, peu de gens sont satisfaits de leur vie : par exemple, la majorité a un travail alimentaire et c’est une réelle aliénation. Avoir une culture de la modération permet d’être satisfait de ce que l’on a sans vouloir toujours plus de matériel au détriment de l’immatériel. ‘Toujours vouloir plus’, c’est ce qu’on appelle la croissance économique ou la frustration programmée qui crée un manque artificiel la plupart du temps. En effet, la satisfaction est vite atteinte : se nourrir, être abrité, vêtu, soigné, c’est ce qui devrait déjà être assuré à l’ensemble de l’humanité. Aujourd’hui on est dans ce ‘toujours plus’ qui n’apporte pas de joie. L’argent peut donner tous les plaisirs, mais ne peut pas nous donner la joie, car elle ne s’achète pas et pourtant c’est le bien suprême auquel nous aspirons. Le monde de surabondance nie cette aspiration. Il n’y a plus de rareté : nous mangeons par exemple les mêmes légumes, bien souvent insipides, toute l’année. La banalisation et le caractère éphémère de nos biens empêchent de vivre la joie qui est un équilibre entre être et avoir. »

Pensez-vous que la crise économique actuelle peut offrir l’opportunité d’un rééquilibrage entre ‘l’être’ et ‘l’avoir’ ?

P.R : « La crise nous conduit à réfléchir sur ‘qu’est-ce que la vie’, ‘qu’est-ce que vivre’. Aujourd’hui nous ne nous posons pas les questions essentielles telles que : ‘quel monde voulons-nous construire’, ‘comment voulons-nous le construire’, ‘comment voulons-nous qu’il soit’, ‘quel sens notre existence a-t-elle’, ‘a-t-elle un sens ou pas’ ? Il est évident que nos actions ont des conséquences négatives ou positives et si nous accumulons les actions négatives, elles se traduiront par des conséquences négatives. C’est un appel au bon sens, à la simple lucidité. »

Comment pensez-vous sensibiliser le plus grand nombre ?

P.R : « Nous le faisons avec nos modestes moyens, mais nous ne sommes pas tellement médiatisés parce que nous remettons totalement en question la logique du monde actuel dont il faut se séparer. Ce que je demande aux politiques, c’est de manœuvrer dès maintenant pour éviter la catastrophe, d’adopter un fonctionnement plus humain, plus équitable. Tout cela ne peut pas se faire sans cette civilisation de la modération, sans un art de vivre qui repose sur la sobriété. Je pense qu’il y a un bonheur dans la simplicité parce que je l’ai toujours vécu. Mais cet art de vivre est possible uniquement si l’on possède le nécessaire vital, or dans nos sociétés l’indigence augmente. » 

Conjuguer présent et futur…  : Face à la combinaison de crises économique, alimentaire, écologique et démocratique, ce mouvement mutualise les savoirs, les expériences et les ressources des « colibris ». Le but est de mettre en relation des volontés isolées (individus, associations, etc.) qui ont des solutions à l’état de prototype. Outre la sensibilisation auprès du grand public à travers des livres, des films, des conférences, des sites Internet, etc., le mouvement aide chacun à agir. De la plateforme proposant un nouveau mode de vie heureux à la santé en passant par l’éducation ou l’alimentation, tout le monde dispose d’une mine d’informations pour participer à la construction d’une société durable. Mais le changement de notre société passe avant tout par un changement individuel (on peut être écologiste et exploiter l’autre…) car, comme le disait si bien Ghandi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Alors, engagez-vous pour vous, pour la planète, pour vos enfants, pour choisir l'avenir et non plus le subir comme nous le faisons encore trop souvent. Comment agir ? Nous avons toujours le pouvoir de choisir le monde que nous désirons en orientant chacun de nos actes les plus quotidiens : nous nourrir, nous vêtir, nous déplacer, nous loger, éduquer nos enfants, nous informer, échanger… N’hésitez pas à participer (www.colibris-lemouvement.org) car selon Pierre Rhabi : « Prendre soin de la terre, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit ».

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jeudi 20 août 2009

Boris Cyrulnik : « L’Autre nous fait humain »

Boris Cyrulnik : « L’Autre nous fait humain »

cyrulnikMédecin, éthologue et neuropsychiatre, Boris Cyrulnik a popularisé la notion de « résilience », faculté à surmonter la souffrance et à renaître psychiquement. Cet homme à la voix étonnamment apaisante est passionné par tout ce qui crée le lien et structure le mental. A une époque où « le système devient fou et les gens pètent les plombs », il nous parle de ce qui nous fait humains : le rapport à l’autre. « La seule perversion vraie, dit-il, c’est quand l’autre n’est plus perçu comme une personne. »

Par Françoise Simpère ( Nouveau Consommateur N°  Novembre- Décembre 2008)

NC : En lisant les journaux, on a l’impression qu’il y a de plus en plus de gens en apparence normaux qui pètent les plombs : ils tirent sur des passants, mettent le feu à leur maison ou tuent leur famille. La folie est-elle en progression ?

Boris Cyrulnik. Tout dépend de ce qu’on nomme folie. Les psychoses, comme la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive (troubles bipolaires), touchent environ 2 % de la population dans tous les pays, et ce chiffre reste assez stable. Par ailleurs, ce qu’on appelle « péter les plombs » est une notion très culturelle. Dans les civilisations primitives, on l’attribuait au mauvais œil ou à un envoûtement diabolique. Dans les cultures fondées sur le groupe, les collectivismes, le rebelle qui ne se soumet pas au groupe est considéré comme un fou qu’il faut soigner ou éliminer.

C’est un prétexte ! En URSS, c’est pour des raisons politiques qu’on internait les dissidents !

Détrompez-vous ! J’ai rencontré en URSS des psychiatres qui considéraient le plus sérieusement du monde que pour refuser un régime aussi parfait que le communisme, il fallait être fou. Tous les fanatismes, tous les intégrismes, qu’ils soient politiques ou religieux, génèrent une intolérance extrême qui considère comme des fous ceux qui refusent l’idéologie proposée.

Pourquoi des peuples acceptent-ils une telle intolérance ?

Parce que le fanatisme apporte des certitudes, et que les certitudes rassurent. L’incertitude angoisse la majorité des individus, c’est la raison du succès des voyants et astrologues ! Ceux qui considèrent le doute comme stimulant sont rares : les artistes, les philosophes, les chercheurs…. bien souvent persécutés dans les régimes tyranniques.

Mais dans un pays démocratique, on ne les considère pas comme des fous. Ceux qui pètent les plombs, les « border line » dont je parlais tout à l’heure, sont rarement artistes ou philosophes…

Effectivement, ces « border line » sont des personnes qui n’ont pas pu se construire une structure assez solide à cause d’un manque dans leur enveloppe biologique et environnementale. Le cerveau se développe en effet avec ces deux dimensions. Prenons un exemple simple. La phénylcétonurie (excès de phénylalanine dans le sang) est liée à une anomalie génétique - donc un facteur biologique - qui provoque un retard mental chez l’enfant si l’on ne fait rien. Cependant, lorsqu’elle est dépistée à la naissance par une simple prise de sang, il suffit d’un régime alimentaire - donc un facteur environnemental - pour éviter ce retard mental. Il y a de multiples autres exemples de cette interaction entre biologie et environnement, ce que j’appelle enveloppe biologique environnementale. Or cette enveloppe a énormément changé en 30 ou 40 ans.

Comment cela ?

Avant 1960, l’enfant avait un développement affectif et culturel basé sur des signifiants certes contraignants - l’éducation et les valeurs étaient plus strictes qu’aujourd’hui - mais qui constituaient des repères structurants. A l’adolescence, l’explosion de testostérone, multipliée par 18 chez le garçon et par 2 chez la fille, stimule le désir sexuel. Il y a quelques décennies, pour vivre ce désir et exprimer la contestation adolescente nécessaire pour se construire, il fallait quitter ses parents. Le désir et la sexualité, sources de créativité et d’évolution, constituaient des rites d’initiation et de passage à l’âge adulte.

Et aujourd’hui ?

L’explosion technologique occidentale a modifié l’enveloppe sensorielle des tout-petits en appauvrissant les signifiants. Les bébés sont gavés de stimulations sonores ou visuelles, mais trop de stimuli perdent leur signification : une musique imposée et non écoutée, comme le fond sonore permanent dans les magasins, devient un bruit, pas un signifiant. L’info en boucle cesse d’être une info : un corps mutilé vous émeut ; le même, revu dix fois, perd toute signification.

Cela concerne plus les adultes que les bébés…

Eh non, car des travaux récents ont montré que la modification des émotions maternelles, dès la 27e semaine de grossesse, sculpte le cerveau du fœtus. Une grossesse dans le stress ou avec des émotions négatives a donc des conséquences sur le psychisme futur de l’enfant. Après la naissance, s’il n’y a que la mère pour s’occuper du bébé, ou si à l’inverse il y a 25 personnes autour de lui, l’absence ou l’excès de stimuli entraînent un appauvrissement affectif, une perte de sens. L’idéal, c’est un groupe de 6 à 8 personnes parmi lesquelles le bébé sélectionnera spontanément quelques figures saillantes. Ce système a été expérimenté en Finlande, avec des crèches familiales, de petites structures apaisantes où les bébés trouvent leurs repères et sont affectivement sécurisés. Un enfant sécurisé développe une confiance en lui. Il aime explorer, il aime l’aventure et améliore ainsi son potentiel affectif et intellectuel. A l’adolescence, il sera capable de prendre des risques calculés et d’exprimer sa créativité.

En France, on est davantage dans le sécuritaire que dans la sécurisation, on a peur de tout…

Effectivement, et cette idéologie sécuritaire génère des inhibitions au lieu de rassurer. L’enfant ne joue plus dans la rue, ne sort plus tout seul, est surveillé en permanence par les parents via le téléphone mobile ou même une caméra dans certaines crèches. Tout est réglementé, encadré. Cette recherche de sécurité absolue empêche la prise de risque et l’innovation, et elle freine l’évolution. Les gens obsédés par l’idéologie sécuritaire votent pour un sauveur qui les prendra en charge, ils perdent confiance en leurs capacités à évoluer.

La perte des signifiants est-elle due seulement à la technologie ? Je me demande par exemple, sur le plan mental, ce que deviennent les enfants chinois depuis l’avènement du bébé unique, dans une culture où la famille élargie était autrefois la règle.

J’ai travaillé sur ce sujet à Hanoi dès 1974 et Claire Brisset, défenseure des enfants, y a consacré un colloque à l’Unicef. Outre que la loi sur l’enfant unique a entraîné nombre d’infanticides de petites filles et un déséquilibre démographique important entre les filles et les garçons, les garçons chinois, hyper gâtés et appelés par leurs parents « empereur », développent beaucoup de troubles de comportement : agressivité, violence envers les parents, tendance suicidaire, obésité… Quant aux garçons vietnamiens que j’ai étudiés, ils présentaient des inhibitions comportementales qui pouvaient se traduire par des explosions de violence ou des comportements asociaux. Un enfant sur lequel repose tous les espoirs et les ambitions des parents se prend évidemment pour le centre du monde et n’a plus de considération pour les autres, uniquement regardés comme des moyens de satisfaire rapidement ses désirs. Or le désir a besoin d’être ritualisé pour être structurant : créer du lien, donner du prix au temps, à l’attente… Satisfaire ses désirs de façon compulsive sans voir l’autre comme une personne mais comme un objet est la seule perversion sexuelle. Les grands psychopathes sexuels ont pour caractéristique d’être dépourvus de désir pour l’autre ; seul compte l’assouvissement de leur pulsion. Or il n’y a pas de culture, pas de civilisation sans prise en compte de l’autre.

Sans aller jusqu’aux pervers, l’idéologie de surconsommation véhicule ce genre de « valeurs » : « Moi d’abord », « tout, tout de suite » « faites-vous plaisir aujourd’hui, vous paierez demain ». Les gens se surendettent parce qu’ils n’arrivent pas à freiner leurs pulsions de consommation.

Ils ne peuvent pas, car la surconsommation perd toute signification, comme l’excès de stimuli dont je vous parlais. Trop de choses, trop d’objets, ça n’a plus de sens. Une chambre surchargée de jouets n’est pas stimulante, pas plus qu’acheter une foule d’objets dont on ne se servira pas, juste pour assouvir une pulsion d’achat et non un désir réel. C’est presque une drogue.

Face à cette situation, êtes-vous pessimiste ou optimiste ?

Je suis optimiste car je pense que l’on court à la catastrophe ! Ce système dominé par trop de technologies, trop d’objets, trop d’argent virtuel est devenu fou, tout le monde le vérifie aujourd’hui. Et non seulement il est devenu fou, mais il favorise la déstructuration mentale, comme on l’a montré. Sans parler de ses conséquences écologiques dramatiques… A l’évidence, cela ne peut pas durer. Comme dans tout système, il faut sans doute arriver à une apogée, puis à une catastrophe, pour se décider à agir. Nous y sommes. On ne peut pas revenir en arrière, mais on peut changer de direction, notamment en retrouvant la fonction naturelle du village - qu’on trouvera aujourd’hui dans les quartiers, les associations, les clubs - pour créer du lien entre les gens. En étant attentifs aux enfants, sans les étouffer, pour leur donner confiance en eux et donc en l’avenir. En fait, je pense que si l’humanité veut survivre, elle n’a pas le choix : il faut réapprendre à vivre ensemble au lieu d’avoir peur les uns des autres.

A lire : Son dernier livre, Autobiographie d’un épouvantail, (éd. Odile Jacob), paru en 2008.


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mercredi 19 août 2009

Albert Jacquard

Albert Jacquard  : « Mon utopie est un demain souhaitable »

Jacquard_47_6Polytechnicien, généticien des populations, Albert Jacquard est une grande figure de l’humanisme et de la fraternité. Depuis trois décennies, l’homme s’est investi dans le combat en faveur des exclus et ne cesse de nous proposer une sagesse pour agir et changer le monde. Son dernier ouvrage « Mon Utopie » (Ed. Stock) est un constat objectif de notre monde d’aujourd’hui mais aussi un appel fervent pour agir afin que chacun de nous trouve sa source chez les autres. « Je suis fait des rencontres que j’ai eues », dit-il. Alors rencontre avec un homme.  Propos recueillis par Ezzedine El Mestiri (Nouveau Consommateur N° 17 Novembre-décembre  2006)

NC: Dans votre dernier ouvrage, vous dites que vous avez atteint l’âge nécessaire pour proposer une utopie qui est presque un devoir. Aujourd’hui, le mot utopie pourrait faire peur ?

A.L : Nous avons tort d’avoir peur de ce mot parce que, étymologiquement, l’utopie ne veut pas dire que c’est un rêve, mais que c’est une possibilité qui n’a pas encore été réalisée. Mon utopie c’est ma manière de décrire un demain souhaitable sans tenir compte des contraintes d’aujourd’hui et des rigidités d’hier. Théodore Monod répétait souvent : « Une utopie, ce n’est pas impossible, c’est simplement pas encore fait, mais essayons ». Il y a un accord unanime sur le constat : la direction actuelle suivie par l’humanité ne peut que conduire à une catastrophe. Nous détruisons les richesses de la planète avec une dégradation du climat et des inégalités qui s’accentuent. Comment se fait-il que nous avons crée la civilisation la plus matérialiste qui ait jamais existé. Mais Malheureusement, cela n’a pas résolu nos problèmes. Alors faut-il s’abandonner au pessimisme ou proposer, malgré tout, de nouvelles pistes pour commencer à préparer la Cité idéale ? En se posant cette question, nous pourrions encore imaginer une société meilleure en cherchant une nouvelle voie. C’est cela que je propose.

D’après vous, c’est la survie de notre espèce qui est en jeu. Quels sont les dangers qui nous guettent ?

Il y a d’abord le danger d’une guerre nucléaire qui détruirait tout le monde. C’est du possible puisque les outils pour la faire existent, puis il y a une phase plus sournoise qui est la destruction progressive de la planète : l’eau, le pétrole, l’atmosphère, la biodiversité…on est en train de tout détruire, et tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut arrêter.

Comment pourrions-nous préparer cette Cité idéale dont vous parlez ?

Il faut avant tout s’adresser à ceux qui auront à construire une société en cohérence avec les hommes, nos enfants, ceux que préparent l’école. Espérons qu’ils seront plus clairvoyants que leurs aînés après avoir pris conscience des erreurs commises. Je crois que le point de départ de l’espoir, c’est d’instaurer des rencontres qui ne soient pas conflictuelles ni à base de compétition. Ce qui détruit tout, c’est le goût de la compétition, et il n’est absolument pas nécessaire. Quand j’étais enseignant, je refusais de noter mes étudiants. C’est parfaitement imaginable qu’un enseignant ne donne pas de notes. Il faut instaurer des écoles et des universités qui ne délivrent pas des notes, de classement  et des palmarès. Cela n’enlève rien à la compétence, bien au contraire.

Pour arriver à supprimer la violence, je crois qu’au départ il faut supprimer le goût de la compétition. La violence est la conséquence du désir de compétition. Je n’ai aucune raison d’être meilleur que l’autre, j’ai à essayer d’être meilleur que moi, grâce à l’autre. C’est exactement l’inverse. La société doit être bâtie sur la non compétition, sur l’ouverture à l’autre. C’est cela qu’il faut enseigner à l’école. C’est cela qu’il faut réviser, c’est à ce niveau-là qu’il faut faire la révolution des esprits. C’est à l’école que tout se fait, donc c’est là qu’il faut agir. La cité où tout serait école serait est la cité idéale. L’éducation transmise à l’enfant pour devenir lui-même grâce à la nature et son environnement humain. Des programmes, des méthodes, mais surtout un état d’esprit pour ne pas se dire qu’on est là pour l’emporter sur les autres, mais pour s’aider des autres. La singularité de chaque humain se situe dans ce qu’il a reçu de la nature, et dans l’usage qu’il en fait. C’est en participant à la communauté humaine qu’il devient Homme. La question pour un humain n’est pas : « Comment tirer profit de ce que j’ai reçu ? » mais : « Comment organiser mes rapports avec les autres et plus largement : « Comment organiser les rapports de chacun avec les autres ? ».

Vous aimez l’écrit et la lecture et vous vous méfiez des images et notamment celles de la télévision

Pour moi, la lecture est une passion. La force de l’écrit est infiniment plus efficace que celle de l’image. Je ne crois plus aux images, et en particulier pas celles qui bougent sur un petit écran. La télévision a remplacé les bonimenteurs qui jadis, sur les boulevards, vendaient des poudres miraculeuses, et celle des camelots qui distribuaient des chansons illustrées paraphrasant l’actualité. Or ceux-là n’étaient pas dangereux car leur impact était limité. Mais une chaîne comme  TF1 dont l’objectif selon son patron est de décerveler les citoyens nous donne la mesure du danger.

En évoquant la célèbre déclaration du patron de cette chaîne sur la disponibilité du cerveau. Vous écrivez :

« On imagine combien Joseph Goebbels, de triste mémoire, aurait amélioré son efficacité dans la mise au pas de son peuple s’il avait disposé d’un collaborateur tenant un discours semblable »

Oui, c’est monstrueux ! 

Le fait d’être aussi proche des mots, le respect de l’écrit… Cela peut aussi vous éloigner des choses. Vous écrivez d’ailleurs : « je suis plus proche des mots que des choses, plus nourri par ceux-là que par celles-ci ». 

Ah ! J’ai dit cela ! Oui, c’est vrai, mais je constate que ce n’est pas forcément vrai pour tout le monde. La lecture est pour moi un besoin, autant que la nourriture. Me nourrir de mots, d’idées. Nous avons des tas de révisions à faire dans notre société de consommation, société de l’acquis, du matériel, qui rend les êtres esclaves et aliénés.

Quel conseil donneriez-vous à un enfant ?

De ne pas regarder trop la télévision, parce que cela lui fait perdre le sens du réel. Et finalement, il y a des enfants qui ne font plus la différence entre ce que montrent les images et ce qu’ils voient dans la réalité. Nous devons rappeler à nos enfants que la télévision, c’est en permanence du fictif, cela n’existe pas. Comme c’est une drogue, il ne faut pas en user trop et en abuser. Il faut éviter qu’ils deviennent des citoyens soumis, sans discernement. Comme pour l’alcoolisme et le tabagisme, notre société doit convaincre le téléspectateur qu’il s’offre un plaisir dont l’abus est dangereux.

Nous n’êtes pas tendre envers les économistes et leur rôle dans notre société ?

Je ne suis pas dans la ligne actuelle et comme mon maître Maurice Allègre, le Prix Nobel, totalement opposé au libéralisme économique. Les économistes et les experts se trompent sur la situation de notre planète depuis des années. C’est leur gagne-pain mais cela ne correspond à plus rien. L’économie a engendré des activités n’ayant pas d’autre fonction que de satisfaire des besoins artificiels souvent ridicules parfois néfastes. Devant la multiplication des objets inutiles, en entrant dans un supermarché Socrate dirait aujourd’hui, « Que des choses dont je n’aurai jamais besoin ! ».

La croissance de la consommation est en réalité l’équivalent d’une drogue. La première dose crée l’euphorie mais les suivantes mènent inévitablement à la catastrophe. Aujourd’hui, il ne faut non seulement une « décroissance zéro » comme l’avait proposé le Club de Rome, mais une décroissance de la consommation des plus riches qui est nécessaire. Sur une planète en rétrécissement, plus que jamais des arbitrages sont nécessaires entre la part accordée aux puissants et celle des soumis, entre celle des possédants et celle des démunis et entre le présent et l’avenir. Il va falloir mettre en œuvre une économie non plus passive mais volontariste

Quel est votre sentiment aujourd’hui sur la société de consommation et selon vous, y a-t-il un espoir demain d’un consommateur responsable qui pourra avoir une autre attitude ?

C’est une question de volonté, par conséquent de diffusion de ces idées, car finalement, la plupart des gens sont pleins de bonne volonté. Ils sont prêts à payer un tout petit peu plus cher des produits s’ils sont sûrs que cet argent ira au producteur. Malheureusement, c’est mal organisé. C’est aux pouvoirs publics de sensibiliser et informer sur le sens d’une consommation responsable. L’organisation du commerce équitable est assez absurde aujourd’hui. Il y a beaucoup trop de transport inutile et un manque de contact avec le citoyen.

Après tous ces combats, êtes-vous pessimiste ou optimiste ?

Je suis volontariste. Entre le pessimisme désespéré et l’optimisme satisfait, la seule attitude raisonnable est le volontarisme. A nous d’agir, cela dépend de nous. L’humanité peut se suicider, mais ce n’est pas obligatoire et cela dépend de chacun de nous.

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lundi 17 août 2009

Les loisirs motorisés

Les loisirs motorisés peu respectueux de l'environnement pour 83% de Français

Loisirs_motoris_sPlus de huit Français sur dix considèrent qu'il faut privilégier la protection de l'environnement sur la liberté de circulation des quads, mini-motos et autres 4x4 dans les espaces protégés, révèle un sondage publié laujourd'hui. 83% des personnes interrogées considèrent que les loisirs motorisés doivent se pratiquer sur "des circuits et des zones délimitées et sécurisées", leur pratique dans les forêts et les sentiers fréquentés par les promeneurs étant "dangereuse et peu respectueuse de l'environnement", selon ce sondage réalisé par l'institut CSA pour France nature environnement(FNE). 14% estiment qu'il s'agit d'un loisir comme un autre que l'on doit pouvoir pratiquer partout, au nom de la liberté de circuler. Seulement 3% des sondés ne se prononcent pas.

A l'appui de ce sondage, FNE demande dans un communiqué, que les loisirs motorisés soient mieux encadrés par les pouvoirs publics de manière à "mettre un terme aux violations de la loi et aux dégradations de l'environnement que certains génèrent et cautionnent". "La circulation des véhicules en dehors des voies ouvertes à la circulation publique est lourde de conséquences pour bon nombre d'espèces, des mammifères aux insectes: les pratiquants de loisirs motorisés ne peuvent plus l'ignorer", souligne à cette occasion Sébastien Genest, président de FNE. En outre, cette pratique "semble d'un autre siècle", à l'heure de la raréfaction du pétrole et de la réduction des gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique, ajoute-t-il.  Pour autant, "le but n'est pas de s'opposer systématiquement à la pratique des sports motorisés", assure Gilles Benest, responsable du pôle Tourisme à FNE. "Mais celle-ci doit se faire dans des conditions bien précises, dans le respect de la faune, de la flore et des milieux traversés, dans le respect des autres usagers des chemins", précise-t-il.  ( Sondage réalisé par téléphone les 5 et 6 août auprès d'un échantillon national représentatif de 1012 personnes âgées de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.)  (Source AFP)

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samedi 15 août 2009

Le mariage passe au vert

Le mariage passe au vert

Mariage_EcoloLe mariage vert débarque en Belgique. Déjà quasiment entré dans les moeurs outre-Atlantique et en Grande-Bretagne, le concept se développe petit à petit sous nos latitudes. Le premier "green wedding" belge, baptisé à juste titre "écolo-chic", aura lieu à la fin de ce mois d'août à Bruxelles.

Par Caroline Lallemand  ( L'Express  13/08/2009 )

Aux Etats-Unis, le "green wedding, un terme pot-pourri regroupant les concepts bio, écologique et équitable, est entré dans les moeurs. En Grande-Bretagne, après le mariage d'Elizabeth Hurley 100% bio ou encore la robe de mariée de Stella McCartney en coton issu du commerce équitable, il a déjà dépassé le phénomène de mode. Organisé pour la première fois en Belgique par la wedding planner liégeoise Rachel Licata, le mariage vert réunit tous les éléments pour permettre aux futurs époux de respecter la planète le jour J. Un concept qui surfe superbement sur la tendance actuelle de citoyen éco actif. Le mariage "écolo-chic", n'est pas uniquement réservé aux babas cool mais cible le consomm'acteur moderne, soucieux de son empreinte écologique. "Quand on apprend qu'un mariage pour 150 invités, billets d'avion pour le voyage de noces inclus, dégage près de 14,5 tonnes de CO2, soit 4 tonnes supplémentaires par rapport à ce qu'un citoyen émet sur une année, cela fait réfléchir", explique Rachel, l'une des seules "maîtresses de cérémonie" belge.

Robe en soie bio

En collaboration avec des prestataires locaux respectueux de la nature triés sur le volet, le concept bio se décline de la robe de mariée à la pièce montée. Cette organisatrice de mariage, également Make Up Artist, spitante et sans répit - le samedi de notre interview Rachel, avait maquillé sept (!) mariées sur la matinée - propose toute une panoplie verte aux futurs "éco-époux". De la liste de mariage de produits équitables, du faire-part en papier recyclé ou carrément envoyé par mail, au repas bio servi dans de la vaisselle éphémère en passant par la suite se déplaçant à vélo ou en calèche jusqu'aux fleurs de saison sans pesticide. Pour la tenue du grand jour, Rachel collabore entre autres avec la créatrice liégeoise Pamela Ottaviani, l'une des rares stylistes de notre pays à réaliser des robes de mariée en fibres naturelles biologiques. "J'utilise de la soie bio pour mes créations, ce qui est assez rare en Europe", précise-t-elle. "Ce sont de très beaux tissus. On peut aussi choisir du coton, du chanvre, du lin ou du bambou bio, et même du soja et de l'ortie", rajoute Rachel. Pour la mise en beauté, elle suggère à la mariée un soin à la tomate bio de la marque Ella Baché. Pour le voyage de noces, le couple se tournera vers l'écotourisme, comme un séjour en éco-gîte ou pour les vrais motivés, un stage d'éco-construction,... Et pour ceux qui n'arriveront pas à renoncer à s'envoler aux antipodes, ils pourront toujours verser quelques centaines d'euros sur le site actioncarbone.org pour compenser les tonnes de gaz à effet de serre émis pour atteindre leur île paradisiaque.

Lâcher de papillons et de coccinelles

Autre idée originale : le lâcher de coccinelles bio sensées porter chance au couple. On peut aussi opter pour un lâcher de papillons. "Chaque invité reçoit un papillon dans une petite boîte auquel il rendra la liberté à la sortie de l'église, cela change du traditionnel lâcher de colombes ou du lancé de riz." Cette petite folie volatile coûte quand même la bagatelle de 500 euros pour une centaine de papillons, elle n'est donc pas accessible à toutes les bourses. Normal, en général, un mariage vert coûtera 20% de plus qu'un mariage classique.

Des panneaux solaires pour éclairer la fêteLe premier mariage 100 % écologique se déroulera donc le 22 août prochain à Bruxelles, "sur le thème d'une garden party dans un pur jardin balinais", dévoile Rachel. Le profil des futurs époux : "un couple trentenaire au train de vie confortable, impliqué dans le respect de l'environnement dans leur travail quotidien et pour qui ce mariage bio coulait de source", rajoute-t-elle. La suite sera composée de voitures Mini à faible émission de Co2 - à la place du coupé sport qui pollue- le faire-part est en papier 100% recyclé - "même la partie en calque est sans chlore" précise Rachel - les décorations de table vert bambou seront complètement bio, tout comme les produits sélectionnés pas le traiteur. Le soir, le jardin sera éclairé par l'énergie accumulée pendant la journée grâce à des panneaux solaires installés dans le jardin. "Il y aura même des lucioles solaires sur les tables", se réjouit notre wedding planner. Pour jouer la carte écolo à fond, on peut même prévoir un compost pour les déchets organiques accumulés tout au long de l'événement. Alors, on dit "oui" au mariage bio, écologique et équitable ?

Rachel Licata, wedding planner, plus d'infos sur Ma Plus Belle Histoire, à partir de 750 euros la journée de prestation.

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vendredi 14 août 2009

En Inde, l’eau se fait rare et alimente les tensions

En Inde, l’eau se fait rare et alimente les tensions

Eau_couranteDans trois Etats du nord, les nappes phréatiques ont perdu 10% des réserves d’eau souterraines du pays tout entier. 

Par Philippe Dumartheray (La Tribune de Genève 14.août 2009)

Un article très fouillé de la revue scientifique «Nature» a tiré, hier, la sonnette d’alarme. En six ans, de 2002 à 2008, les réserves souterraines de trois Etats du Nord de l’Inde, le Pendjab, le Rajasthan et l’Haryana avec la capitale Delhi, se sont réduites de 109 milliards de mètres cubes. On comprend mieux l’importance du problème en réalisant qu’il s’agit de l’équivalent de 10% des réserves du pays tout entier. Comment est-on arrivé à cette conclusion? Paradoxalement, cette nouvelle tombe du ciel. Grâce à des satellites de la NASA lancés en 2002. Des satellites qui ont mesuré, six ans durant, les variations de gravité dans la région et ont ainsi pu établir la chute dramatique des réserves d’eau souterraines. Avec des conséquences qui pourraient à terme devenir dramatiques pour les 114 millions d’habitants de la région: baisse importante de la production agricole et pénuries de plus en plus fréquentes d’eau courante.

Baisse des précipitations

Alors est-ce la faute au réchauffement climatique? Pas forcément, même si les sécheresses ont tendance à devenir de plus en plus fréquentes. Cette année, on déplorait ainsi à la fin juillet une baisse de près de 20% des précipitations, avec une pointe de 40% dans les Etats du nord.

Reste que le réchauffement climatique n’explique pas tout. L’Inde est confrontée à une surexploitation de ses nappes phréatiques. L’agriculture consomme ainsi plus de 80% des réserves d’eau douce. Et la situation a pris une ampleur nouvelle avec l’industrialisation, qui a eu des effets pervers, notamment dans l’Etat de l’Uttar Pradesh traversé pourtant par le Gange.

En février dernier, les problèmes liés à l’eau ont provoqué un soulèvement violemment réprimé par la police. Les paysans de la région accusaient les dirigeants de l’usine Coca-Cola de tarir la nappe phréatique en pompant 1 million de litres d’eau par jour. Avec des conséquences visibles: l’eau pompée est désormais trouble et le riz peine à pousser. Mais le pire est peut-être encore à venir, lorsque les méfaits de la surexploitation des ressources et le réchauffement climatique combineront pleinement leurs effets. Dans son livre, «L’avenir de l’eau», Erik Orsenna évoque, après avoir enquêté sur place, l’avenir de l’Inde, du Pakistan et du Cachemire (pas très loin de 40% de la population mondiale) qui, à terme, dépendront de la survie des glaciers himalayens. La guerre pour l’eau pourrait alors bien commencer.

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jeudi 13 août 2009

Produits d’entretien : j’y vais mollo !

Produits d’entretien : j’y vais mollo !

Produits_d_entretien_Récurer, nettoyer, rincer sont des gestes quotidiens, mais pas sans impact sur l’environnement et votre santé. Vous êtes-vous déjà penché sur l’étiquette de vos nettoyants ? Les produits d’entretien sont en réalité de puissants cocktails chimiques. Petit guide pour entretenir votre maison sans empoisonner la planète et sans polluer votre intérieur. Par Maud Veisseire ( Nouveau Consommateur N° 29)

C’est certain, les professionnels du marketing ne manquent pas de créativité afin de nous faire acheter. « La lessive qui lave plus blanc que blanc », « Le calcaire, c'est son affaire », « si simple, si brillant » ou encore « la différence est nette ». Résultat de ce matraquage publicitaire pour une propreté impeccable, de multiples produits nettoyants irritants et polluants débordent aujourd’hui de nos placards. En outre, les marques ont tendance à encourager le surdosage. Et c’est votre santé et l’environnement qui en pâtissent.

Il est vrai que la propreté fait partie des acquis les plus remarquables de notre époque. Chacun l’a intégrée dans sa vie quotidienne et à la maison. Il n’est pas question de revenir là-dessus. Or, on le sait aussi, les produits ménagers et les détergents les plus répandus sont des produits dérivés du pétrole et contiennent une multitude de composants toxiques nuisibles pour la planète (la pollution domestique est actuellement l’une des principales sources de dégradation des cours d’eau, ces produits étant rejetés dans nos rivières, via des stations d'épuration) et agressifs pour la santé (l’air intérieur se retrouve 2 à 5 fois plus pollué en moyenne que l’air extérieur).

Que faire alors pour que votre maison reste cet endroit propre, sain, dénué de produits néfastes et allergènes, où trouver refuge ? Déjà, exit les produits d'entretien classiques qui assurent une propreté « éclatante » du sol au plafond en une minute chrono ! Ensuite, repérez les produits ménagers labellisés. Revenez aux astuces de vos grands-mères, oui ! tout simplement. N’oubliez pas qu’adopter le « réflexe bio » en matière d’entretien, c’est aussi consommer en fonction de ses véritables besoins. Privilégiez donc les produits multifonctions. Sachez que les produits verts sont ultra concentrés et, en conséquence, à utiliser avec des doses réduites, tout en étant aussi performants. De multiples moyens non seulement de faire des économies mais aussi de limiter les nuisances pour l’environnement et votre santé existent bien, il n’y a vraiment plus à tergiverser. Enfin, soyons logiques : à quoi bon respecter la planète et sa santé en mangeant bio pour polluer ensuite en faisant le ménage ?

Encadré : Le saviez-vous ?

Une famille française consomme en moyenne chaque année 3 à 4 litres de liquide vaisselle, 10 à 20 litresde nettoyants ménagers et réalise 220 lessives, soit 26 litresde lessive liquide ou 24 kgde lessive poudre. Près de 16 % des personnes allergiques, soit 1 à 2 % de la population, le seraient aux parfums de synthèse utilisés dans les lessives et les assouplisseurs. En 2001, les produits ménagers étaient responsables de 18 % des empoisonnements toxiques (dont 85 % concernaient des enfants de moins de 4 ans). Les impacts sur la santé des produits d’entretien classiques, le plus souvent à base de pétrole, peuvent être immédiats (irritations cutanées ou respiratoires, brûlures, réactions allergiques) ou bien ne se voir qu'à long terme (cancers, asthme, endommagement du système nerveux, perturbations endocriniennes, mutations génétiques, stérilité...). Un exemple : les solvants contenus dans les détachants sont nuisibles pour les voies respiratoires, les reins, les yeux, et sont de puissants neurotoxiques attaquant les cellules nerveuses.

Laver sans risque, c’est possible

A l’aide de formules à base végétale, d'origine renouvelable et avec une biodégradabilité optimum afin d'éviter que les produits qui se déversent dans les rivières ne soient encore actifs. Bonne nouvelle, de nombreuses marques de produits écologiques sont désormais disponibles pour répondre à vos besoins spécifiques et à des prix abordables ; vous pourrez les trouver aussi bien dans les magasins de produits écologiques que dans certaines grandes surfaces, et même sur Internet : l’Arbre Vert, Ecover, Etamine du Lys, Rainett, H2O Propreté, Douce Nature, Biovie de Léa Nature, etc.

Dans ces produits, les substances les plus toxiques (phosphate, sulfate, chlore, borate…) sont remplacées par des matières d’origine végétale ou minérale, biodégradables et non dangereuses pour la peau : acide citrique (conservateur naturel), acide stéarique (émulsifiant naturel), argiles (pour absorber les impuretés), etc. Ces nettoyants verts sont par ailleurs dépourvus de solvants (acétone, éther, white-spirit), dont la plupart font partie de la famille des composés organiques volatils (COV) contribuant à la pollution de l’air et à l’effet de serre. Et à la place des colorants de synthèse, vous aurez, au choix, des produits « sans parfum » ou parfumés aux huiles essentielles de plantes.

Certains gestes peuvent ensuite faire la différence.

Respectez les doses préconisées par les fabricants en fonction de la dureté de l’eau (se renseigner auprès de votre commune). Le surdosage des lessives n’améliore en rien les performances de lavage, seule la température joue. Apprenez à bien utiliser votre machine et utilisez dans ce cas la température recommandée la plus basse. La plupart des textiles se lavent parfaitement à 30 ou 40°C

. Au-delà, vous consommerez 50 % d’électricité en plus pour un résultat pas forcément meilleur.

Aussi, détartrez votre machine, afin d’éviter qu’elle lave de moins en moins et d’augmenter alors les doses de détergent. Employez plutôt des « auxiliaires mécaniques de lavage » comme les balles de lavage pour assouplir le linge : vous utiliserez moins de lessive et cela remplacera votre adoucissant classique. En caoutchouc naturel, elles sont très résistantes et n’abîmeront pas votre linge. Notez que des balles de golf ou de tennis peuvent aussi bien faire l’affaire.

Encadré : Les noix de lavage

L’idéal et finalement la seule solution pour laver sans agresser l’environnement et votre santé, ce sont les noix de lavage indiennes, fruits d’un arbre de l’Himalaya (le Sapindus Mukorossi). Les coquilles contiennent de la saponine, un composant à fort pouvoir de lavage qui s’extrait au fur et à mesure des lavages. Naturellement dégraissantes et assainissantes, elles ont la particularité d’être biodégradables et aussi compostables. Elles vous permettent de laver avec efficacité, même les textiles délicats, en préservant les couleurs, ceci sans aucun composant chimique. Concrètement, il vous suffit de placer 5 à 7 demi-coques dans la petite pochette de coton fournie au milieu de votre linge sale. Vous pourrez utiliser plusieurs fois les mêmes et, pour les économiser, vous pouvez utiliser, par exemple, à la fois 2 noix ayant déjà servi et 2 noix neuves. Une noix usée devient plus claire et plus terne. Sinon, pour savoir s’il reste encore des saponines, frottez la noix avec un doigt mouillé  : si elle mousse un peu, c’est qu’elle peut encore servir. Sachez que les noix peuvent servir aussi pour la vaisselle. Il suffit de remplir un flacon d’une décoction de noix concentrée, avec 2 ou 3 gouttes d’huile essentielle de citron pour aseptiser, ou de placer au fond de la machine 2 coquilles que vous aurez au préalable cassées en deux (avec une grande cuillère soit de percarbonate de soude, soit de carbonate, soit de poudre biodégradable dans le réservoir).

Redécouvrez les « recettes de grands-mères »

Toutes sortes de remèdes simples d’usage et tout à fait inoffensifs sont à portée de main. A savoir, l’eau chaude pour nettoyer le sol, le vinaigre blanc pour à peu près tout dégraisser, détartrer et désinfecter (il pourra remplacer à peu près tous vos produits d’entretien classiques), le savon noir pour dégraisser (le four par exemple), le savon de Marseille pour les textiles, le bicarbonate de soude (un abrasif doux, désodorisant et très adoucissant) pour déboucher les éviers et s'attaquer au calcaire, au tartre ou aux bactéries (à ne pas confondre avec la soude caustique, dangereuse), les cristaux de soude pour désinfecter, détartrer et dégraisser, le papier journal roulé en boule, mouillé ou sec, pour les vitres, le papier d’Arménie pour désodoriser. Autre alternative pour faire votre ménage de façon écolo : la pierre d’argile, un anti-acarien 100 % naturel qui s’utilise sur tous les mobiliers, matériels de cuisine et salle de bain, la vitrocéramique, l’émail, l’inox, le laiton, l’aluminium, le carrelage, le cuir… Sans oublier la cire d'abeille ou végétale (sans additifs) ou l'huile de lin pour protéger et faire briller les parquets et les meubles, l’huile essentielle de thym à la place de l’eau de javel, le mélange de bicarbonate de soude avec du gros sel et du vinaigre blanc pour déboucher vos canalisations (ou la ventouse). Autant de produits basiques qui répondront parfaitement à vos besoins en matière de nettoyage, vous évitant de vous retrouver avec un produit par élément à nettoyer et, du coup, avec une multitude de produits nocifs et polluants.

Encadré : Trucs malins

Pour nettoyer votre micro-ondes, placez une tasse avec un peu de vinaigre à l’intérieur et chauffez pendant une à deux minutes. Les résidus éventuels seront décollés et votre micro-ondes sera ainsi désinfecté.

Pour nettoyer les traces sur des portes blanches ou des murs non lessivables, utilisez une pomme de terre coupée en deux, frottez puis rincez.

Pour assainir l'air intérieur de votre maison ou éviter l’odeur de « renfermé » en cas d’absence, placez quelques feuilles de menthe sauvage sur le sol avant de partir.

Pour enlever des tâches de fruits sur une nappe, mélangez du jus de citron avec du sel. Pour des tâches sur un tapis ou le canapé, utilisez de l’eau gazeuse.

Pour éliminer le calcaire autour des robinets, enroulez à la base un mouchoir de papier imprégné de vinaigre, laissez poser deux bonnes heures puis rincez.

Pour enlever une tâche de graisse sur du bois, utilisez quelques gouttes de vinaigre diluées avec de l'eau.

Encadré : Où trouver des produits d’entretien écologiques?

L’annuaire en ligne www.lemarchecitoyen.net, rubrique entretien

Les sites Internet tels que www.toutallantvert.com, www.fami-bio.com, www.naturalia.fr, www.bien-et-bio.com ou encore http://femme-au-naturel.com 

Les marques de produits nettoyants écologiques : www.arbrevert.fr, www.ecover.com/fr/fr, www.comptoirdeslys.fr, www.rainett.fr, www.h2o.fr et www.douce-nature.fr

Découvrez la prestation de ménage écologique sur www.o2.fr/menage-ecologique-ecolo2.shtml 

Pour vous documenter :

www.escalenature.fr

www.etikeco.com

www.consoglobe.com

http://raffa.grandmenage.info
Guide familial de la vie bio de NathalieCousin (Editions Rustica)

1001 idées 100 % naturelles et écologiques pour vivre mieux (Sélection du Reader's Digest)

Ma maison écologique de Catherine Levesque (Editions Eyrolles)

Posté par nouveauconso à 07:29 - Permalien [#]
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